Dany Laprince à la Cour de Cassation de Paris le 23 janvier 2025 ( AFP / Dimitar DILKOFF )
Plus de trente ans après le quadruple meurtre du frère de Dany Leprince et de sa belle-famille dans la Sarthe, le parquet de la Cour de cassation se dit favorable à l'annulation de sa condamnation à perpétuité et à l'organisation d'un nouveau procès.
Dans des réquisitions révélées par Le Monde et consultées samedi par l'AFP, l'avocat général à la chambre criminelle de la Cour de cassation Jean-Michel Aldebert demande à la Cour de révision, qui se réunit le 7 mai, de prendre cette décision rarissime.
"Il apparaît nécessaire de procéder à de nouveaux débats contradictoires en raison des éléments nouveaux et inconnus dont la Cour de révision est désormais saisie, lesquels doivent être confrontés à la persistance des zones d’ombre du dossier", souligne le magistrat.
"Il ne s’agit pas de présupposer l’innocence de Dany Leprince mais de permettre à une nouvelle cour d’assises de juger en toute plénitude", poursuit-il, demandant l'annulation de la condamnation en 1997 de M. Leprince à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté.
La Cour de révision, composée de 18 magistrats, peut soit prononcer l'annulation de la condamnation et ordonner un nouveau procès comme le demandent Dany Leprince et le parquet, soit rejeter la requête.
Le 4 septembre 1994, son frère Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, avaient été retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué (Sarthe). Solène, 2 ans, était la seule rescapée.
Accusé par sa femme Martine Compain -dont il est depuis divorcé- et sa fille aînée Célia, Dany Leprince avait avoué le meurtre de son frère, avant de se rétracter.
Agé désormais de 68 ans, dont 18 passés derrière les barreaux, celui-ci n'avait pas pu faire appel, la loi ne le prévoyant pas à l'époque. Une première procédure de révision avait échoué.
"Ayant entièrement repris la défense de Dany Leprince depuis fin 2018, nous étions convaincus lors du dépôt d'une nouvelle requête (en révision) en mars 2021 que des éléments ou des faits nouveaux de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité existaient, en espérant que la lecture des magistrats serait partagée", ont souligné auprès de l'AFP Mes Olivier Morice et Missiva Chermak Felonneau.
"Ce serait l'honneur de l'institution judiciaire d'annuler la condamnation de Dany Leprince et de permettre un nouveau procès devant une cour d'assises", ont-ils ajouté.
- "Connaître la vérité" -
Dans ses réquisitions, l'avocat général s'appuie en particulier sur la fragilité des déclarations attribuées à Solène Leprince lors de l'instruction, mais qui, "aujourd'hui adulte, pourrait (...) ne plus être considérée comme une témoin à charge".
Solène Leprince "dénonce les expertises la concernant, quand elle avait deux ans au moment des faits, et exprime sa volonté de connaître la vérité", relève le magistrat.
"Elle dit n'avoir aucun souvenir de la nuit des faits, elle nie avoir été témoin des meurtres, elle refuse d'être instrumentalisée et d'être érigée en témoin clé de l'accusation, et surtout, elle émet des doutes sur la culpabilité de Dany Leprince", ajoute-t-il.
Il relève également la fragilité du témoignage à charge de la fille de Dany Leprince, Célia, qui avait affirmé l'avoir vu frapper son frère Christian. Les enquêteurs ont depuis démontré qu'elle n'avait pas pu assister aux faits tels qu'elle les a décrits, en raison de la topographie des lieux.
Par ailleurs, et dans une procédure distincte, l'ex-femme de Dany Leprince, Martine Compain, 68 ans, a été placée sous le statut de témoin assisté en avril 2024, à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany.
Le parquet du Mans avait demandé que Mme Compain soit mise en examen. Cette demande a été rejetée et la Cour de cassation doit se prononcer prochainement.
Les révisions de condamnations pénales sont extrêmement rares en France - une douzaine depuis 1945.
Parmi les plus célèbres: Patrick Dils, acquitté en appel après avoir passé 15 ans derrière les barreaux pour les meurtres de deux enfants commis en 1986 à Montigny-lès-Metz (Moselle). Ou Marc Machin, acquitté au terme de son troisième procès en 2012, après que le véritable auteur du meurtre d'une femme se fut dénoncé.

1 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer